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Chroniques politiques et culturelles (CP) - 09 JUN 1939 - Français
     [CP-1939-06-09-FR]


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La chronique fedérala. Causerie du 9 Juin 1939»
mesdames, Messieurs,
Il arrive mmammoe quelquefois, dans la vie parlementaire,
un petit événement qui ne retient l'attention de personne,
qui laisse l'opinion publique pmmifintnirtfhmainila souverainement
indifférente, mais qui toutefois paut être riche d'enseignements,
qui peut donner à réfléchir et fournir l'occasion
Avec votre permission, je voudrais vous fatwe part
d'une réflexion qui m'est venue à l'esprit ce matin même,
au cours de la très brève séance que nos représentants ont
tenue avant de iMtmïrananmnMnmDmhmaiittimnmTbmai imRmriranmamBmmaimas
clore cette première semaine de session, il aura suffi du
dépôt de deux rapports écrits et d'un seul discours pour que
le Conseil national liquide l'un des objets de son ordre du
jour. Et pourtant, il s'agissait d'une de ces questions qui,
voici rien que dix ou douze ans, aurait passionné las esprits
et îfiiaibmnnmmibmm engagé tous les pmna plus authentiques démocrates
à monter à la tribuna, pour y défendra nos institutions.»««!
amiBmflimimatamràracuamiiaiiïïHintix
Par comparaison, Je ma suis souvenu du premier débat
parlementaire auquel J'aie assisté. C*étáL t an novembre 1930.
e venais de débarquer à Berna, j'étais convaincu que, d'anr
tréa de causa, j'allais devoir étudier des problèmes de la
plus haute importance, de cas problèmes dont dépend l'avenir
du pays, je dois dira qu'en consultant l'ordre du jour, Ja
fus quelque pau déçu. On allait discuter, pour Inaugurer
(fette session d'hiver, d'une modification des règles ut qui
sont en vigueur pour l'élection du Conseil national, a
constitution riflamm disposait que à ch-anbre est élue à raison
d'un député par 20. ames de population totale. Cette disposition
datait de 1848, soit d'une époque où la population
de 1 a suisse dépassait à peine deux millions d'habitants, où
le Conseil national ne comptait par conséquent pas plus
*e membres. Mais progressivement, avec l'augmentation
de la population, avec le nauMÈàmanmfonm troisième million,
puis avec 1« quatrième, ammpopmm la deputation nati -
nale avait également augmenté pour atteindre finalement en
1922 1« chiffre de 198 membres.
Evidemment, c'étl t encore deux de moins que 1« Conseil
des Deux Canta qui, ptndant d« longs siècles, a préaidé dans
la même vill« aux destinées de la République et Canton de
Bv erne. Mais, d'un avis assez général, c'était nummisa toffioamiBiJilgp
beaucoup trop, parce qu'une assemblée de 2oo membres est trqp
nombreuse pour Stre expédltive. c'était l'époque fc, dans la
presse, on faisait valoir les mérites d« Conseil des Etats
qui, a* c ses 44 membres, frisait admirablement sa besogne
et n'était Jamais en retard. Entre parenthèses, notons que
les choses ont bien changé et que la comparaison, aujourd'hui ,
n'est pas toujours am en faveur de notre sénat,..
Bref 4,«Bnfc il s'était trouvé umma une majorité pour estimer
que ce quotient électoral était trop bas, qulil fallait
le relever,mm afin de diminuer notablement le nombre des
députés, afin - disaient certains - de faire de ce Conseil
national un instrument plus maniable, on avait commencé par
ma envisager de porter le quotient de 20. à 25.
ames, ce qui aurait eu pour effet de réduire la deputation
nationale de 198 à environ 150 membres, puis, le conseil fédéral
avait cru rallier tout le monde en proposant 23,,
ce qui aurait fixé à 175 mramïban environ le nombre des députés.
Enfin, les grands ténors d» notie parlementarisme
s'étient ftit les champions du quotient de 22. lequel
a été adopté et lequel a permis de fixer à 187 le nombre des
représentants du peuple.
Ce qui m'avait frappé dans ce débat - et o test là. que Je
voulais en venir -, c'est ave c quelle passion on s'était battu
autour de ses chiffres de 22 et de 23,, Dans la candeur
de mon âme, J'avais pensé qu'il s'agissait là d'une simple
petite correction que ImBmnmnrnomBtaamimm le développement de
notre population commandait d'apporter a la loi électorale.
Mais, pas du tout ! n'apprenais qu'il y allait des grands
principes, que ce chiffre de 23., s'il était adopté,
marquerait une victoire de la réaction et ferait branler le
régime sur ses basüS, tandis qft'en donnant la préférence
au chiffre de 22., on ti resterait fidèle «m à la
pensée de ceux qui ont fondé en 1848 notre Etat fédératif.
drefoe J'apprenais que, pour mes débuts, J'assistais à une
toute grande séance et l'on me demandait d'admirer le patriotisme
d'un tel, l'habileté procédurière d'un autre et la fine
dialectique d'un troisième.
mesdamei et Messieurs, quand on évoqua oes souvenirs,
on peut être tenté de sourire. Tout cela nous paraît bien
lointain. Et pourtant on penae à cette époque aui c un certain
attendrissement. Nous devons nous dire qu'un peuple est heureux,
quand il peut discuter de tels problèmes et se passion*
ner pour leur solution, D«puis lors, la crise est survenue.
Dàautres soucis sont venus retenir notre attention. C'«st
tout le problème des Intervent! ons de l'Etat dans l'économ|ji
qui a dominé la dernière décennie, tandis que les difficultés
financières allaient s'accumulant et que nous devions surveiller
lhorlzon international avec toujours plus de vigilance.
Ces problèmes de fond, ces problèmes d'organisation politique,
ces problèmes constitutionnels, ils nous paraiss-nt quelquefois
appartenir à un aut»e âge.
Et pourtant, ce matin même, il s'est trouvé un député
pour soulever un de c«s problèmes. Il y a dix, on en aurait
débattu pendant des heures, des semaines et des mois. Il
aura suffi d'un quart d'heure,Je le répète, pour liqti der
Il s'agissait des candidatures multiples, voua savez
qu'aux dernières élections, en 1935, un député - après
tout, pourquoi pas le nommer, 11 s1 agit de M, Duttweiler -
s'était présenté ttatonftBnnBDiaimmi simultanément dans trois
cantons. Il fut élu dans tous les trois, à Berne, à Zurich et
à Saint-Gall. comme la loi le prescrit, on lui demanda de
choisir, il opta pour Berne et, dans le s deux autres cantons,
on proclama élu ses colistiers, plus précisément les premiers
des viennent-ensuite.
Il s'est trouvé un député de Saint-Gall, pour s'émouvoir
de ce procédé. A son sens, si cette pratique devait se généraliser,
elle nammamm n'irait pas sans dangers. Comme il le
disait récemment dans un rapport, "au moment même où des
"FUhrer" surgissent dans une série d'Etats, 11 pourrait arriver
en Suisse qu'un homme qui s'est fait connaftue d'une
fa »on ou d'une autre dans tout le pays, se fasse inscrire
sur une liste dans chaque canton, gon nom servirait alors à
rallier les suffrages pour cette liste, s'il est élu dans
plusieurs cantons, il entre au parlement fédéral avec le
groupe âuunpmma nombreux de tous ceux qui ont été déclarés
élus ensuite de son désistement; il Joue un role prépondérant
dans ce group« «t devient une sorte de "Führer". C* eat
là un dangst", concluait notre député, qu'il convient de conjurer
en prescrivant qu'un candidat ne peut être élu que
dans un seul canton".
Mesdames et HEeasieurs, on peut apprécier très diversement
ce danger. Dana tous les cas, il est ass z surprenant
que l'on ait atendu plus de quatre-vingt-dix ans pour le
dénoncer, '-'a candidature multiple d'un seul et même homme
politique n'a pas été inventée en 1935 par M. Dutt veiler.
Elàe a été pratiquée bien avant lui par bien d'autres parlementaires.
Il n'y a pas si longtemps, peut-être iimîimnmm
qnffimnaism douze ou quinze ans que Charles aine se faisait
élire simult nément à Neuchâtel, au Tessin et dans le canton
de vaud. pourtant, on n'a jamais pu l'accuser de visées dictatoriales.
Si J« ne m'abuse, c'est lui qui, dans son parti,
restait fermement opposé à la dictature du prolétariat et
qui, dans une brochure) restée fameuse, déclarait qu'il
mourrait "dans la peau d'un démocrate".
Evidemment, les circonstances ont changé. Comme dans
d'autres domaines, la mode politique a évolué, il se peut
iimamma que nos "'onfé-iéré s voient en majorité un danger dans
les candidatures multiples, NOUS voulons les en laisser Juges.
Mais on peut dire, je crois, qui - sous cette forme -
le problème nm est mal posé.
L« meilleur rempart que nous ayons contre des ambitions
dictatoriales, c'est sans doute le fédéralisme. Grâce à lui,
notre mmsa politique est compartimentée, si J'ose dire.
Même les élections fédérales se font la plupart du temps sur
des discussions mm et après des polémiques d'intérêt local
ou régional, il est très difficile, dans ces conditions,
qu'un homme politique devienne populaire dans le pays tout
entier, qu'il y acquière une grande influence et un immense
prestige et quill se fasse plébisciter, e n'est pas pour
rien sans doute que, sur nos 187 députés, il n'en edfc que
cinq en tout et pour tout qui ne sont pas domiciliés dans
le canton qu'ils représentent. C'est assez dire que l'électeur
veut envoyer à Berne des gens nptamrn» qu'il connaît et qui
connaissent ses préoccupations, ses soucis de tous les jours
Je vous dfcamtmutoniBü dis tout cela, esdames et '"'essieurs,
parce que c'était l'avis de la majorité de la commission
chargée d*studier ce problème. &ala elle a été battue. Dans
sajri majorité, soit par 76 voix contre 42, le Conseil ifimmé
national s'est nrononcé ce matin contra las candidatures mul «
tiplea. C*lui qui eut visé par cette mesure ne sera
sans doute pas enchanté, car on va ainsi à l1 encontre de
ses projets« Mais je ne crois pas tout de même qu'on se
passionnera jamais autour de ce problème cornac on Mon
l'aurait fait en 1930 encore«
Il n'était peut-être pas inintéressant de nanmpoeic
noter cette évolution, j'espère que vous serez de cet avis
et c'est dans cet e attente que je vous souhaite, esd mes
et Messieurs, le bonsoir.
v.1.09